Après avoir tué Ted Bundy et autres tueurs en série, Lyzane Potvin plonge ici dans les abysses ; les siennes et peut-être même celles des personnages de la série précédente : J’ai tué Ted Bundy.
Les quatre toiles qui constituent Les Abysses : La fosse, L’abîme des fauves, Petite mort et L’Allaiteuse, nous offrent un récit troublant, presque vertigineux, de ce qui pourrait se passer au moment de sombrer dans les ténèbres.
À plus de mille mètres au fond des mers, il n’y a plus de lumière naturelle, la pression est immense, il fait froid. Pourtant, la vie est là comme nulle part ailleurs sur la planète Terre.
Les Abysses de Lyzane Potvin nous disent qu’il peut en être de même au fond de l’âme, de la psyché humaine ; au fond de cette bascule dans la folie, la souffrance, les cauchemars, et peut-être à l’instant précis où on se fait tuer par un tueur en série : l’envie de vivre une dernière fois tout ce qu’on a pas eu le temps de faire : allaiter, voler, plonger, se multiplier, exploser, crier, arracher, tout casser, se cristalliser, hurler comme les loups, chanter comme les baleines, aimer à la puissance mille dans le coeur de chaque être vivant, du ver de terre aux galaxies, du flocon de neige à la bombe atomique.
L’âme humaine, l’esprit, la peur, le corps rejoignent et se mêlent ici à la vie des animaux, des forces vives et des dimensions qu’eux seuls perçoivent.
Dans Les Abysses, il y a un poisson bleu, un sanglier, une petit chien noir qui est celui de l’artiste ; son nom est Ours. Il est la fidélité, l’amour, la vie et la fantaisie.
Il y a deux êtres humains : Ted Bundy et Lyzane Potvin.
L’artiste se met en scène dans ses toiles. Elle est à la fois narratrice, narration, personnages, chorégraphe, danseuses, mouvements, lumières, formes et décors.
Elle devient l’une de ces créatures étranges qui vivent dans les abysses de la mer : elle a deux têtes, plusieurs mains, trois bouches, des yeux partout, des bouts de corps qui apparaissent à chaque clignement de couleur phosphorescente.
Elle saute, virevolte, flotte, plane, émerge, debout, couchée sur le dos, sans dessus dessous, en apesanteur, sa chevelure est à la fois pieuvre et méduse, algues et langues de feu, elle est entourée de pétales blancs, noirs, flammes d’instants volés, larmes d’amour et de peur. Elle est libre et emportée, comme si elle cuisinait un repas avec tous les éléments du vivant, physiques et métaphysiques, toutes les couleurs et les pigments du spectre.
Dans La fosse, elle danse, tournoie dans les airs, les eaux troubles et transparentes, les tourbillons de sons aquatiques devant un Ted Bundy qui pourrait bien jouer de la guitare électrique invisible sur la scène d’un concert rock abyssal. C’est électromagnétique, ça crie, ça vibre, mille pulsions à la seconde.
La vivante et le tueur se rencontrent, le féminin et le masculin se font face.
C’est à la fois singulier et universel et ça continuera ainsi jusqu’à la fin des temps, au plus profond comme au plus loin des frissons de l’atome.
La vie l’emportera toujours parce que la création dépassera toujours le crime.
Telles sont les Abysses de Lyzane Potvin.
rober racine
2015